foughaliblog

blog généalogique et historique... recherches sur la Tribu des Beni Foughal (Algérie), l'insurrection de 1871 et l' histoire de Jijel (Djidjelli) et de sa région

05 décembre 2007

Du Mythe de l'isolat Kabyle

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Aujourd'hui je vous propose un lien vers un article très intéressant écrit par Nedjma AbdelFettah Lalmi, qui décrédibilise le mythe de tribus kabyles considérées comme des groupements humains isolés en haut de leurs montagnes.

Cet article propose une vision pragmatique et étayée de la construction de la légende d'une kabyle autonome et fermée sur elle-même. Il explique en particulier comment on a fini par associer 'montagnes' et 'isolement', ce qui a mené à considérer cette zone comme un refuge où des populations jamais conquises vivaient en vase clos.

L'auteur propose ensuite une approche beaucoup plus réaliste (et étayée): des zones montagneuses en interaction permanente avec les villes environnantes, fournissant des bras et des ressources aux zones urbaines (le bois de karasta par exemple), mais recevant beaucoup aussi; et dont les seigneuries locales avaient toujours 'fait le lien' avec le 'régime dominant' dans les villes (Cité, ou état central avec les turcs puis la colonisation française). Plusieurs exemples concernant la kabylie orientale sont proposés, et on voit que les mouvements de population, les échanges de savoir étaient constants.

De cette approche on pourra déduire assez naturellement que chaque tribu peut potentiellement avoir eu une histoire qui lui est propre en fonction des interactions auxquelles elle participait, et que son horizon ne se réduisait pas à un cercle restreint de tribus voisines. Je pense que cela est particulièrement vrai dans le cas des Beni Foughal, dont les interactions avec l'extérieur étaient forcément grandes pour cause d'exploitation du bois.

Posté par bahia_ben à 22:14 - 11. Histoire de Jijel et alentours - Rétroliens [0] - Permalien [#]


05 octobre 2007

Conquête des Babors (5 et fin): amélioration des routes et chemins

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Un des objectifs prioritaires de la conquête était d'amélioration de l'état des routes et des chemins, de manière à permettre à l'armée de se frayer un chemin vers les zones à conquérir, pour ensuite permettre un meilleur quadrillage du territoire.

Randon explique ainsi dans ses mémoires que lors de la deuxième phase de la conquête des Babors, la division Mac Mahon eut énormément de difficultés à progresser, et dut envoyer en avant les troupes du génie, afin que celles-ci déplacent des rochers et élargissent les chemins existants. Malgré ces efforts, les bataillons ne purent avancer que très lentement, et au prix d'efforts considérables. (je n'ai pas eu le temps de recopier ce passage à la BNF, j'essayerai de le retranscrire ultérieurement).

Voici encore d'autres extraits des mémoires de Randon à ce sujet:

Telle fut la première période de la campagne. Cette soumission de la kabylie des Babors eut un tel retentissement que les tribus situées en l'Oued Agrioun et l'Oued Djindjen, dont les dispositions à notre égard étaient auparavant fort douteuses, s'empressèrent d'aller au-devant du gouverneur général et de lui assurer de leurs pacifiques intentions. Non seulement elles payèrent aussitôt leurs impôts, ce qu'elles n'avaient jamais fait, malgré leur semblant de soumission en 1850; mais elles consentirent à élargir et à rendre viables les étroits sentiers par lesquel nos colonnes devaient traverser le pays. Un millier de pelles et de pioches leur furent prêtées à cet effet par le génie.

Immédiatement après la fin de la campagne militaire:

" Avant l’expédition, Djidjelli étouffait dans son insuffisant territoire. Si la mer lui était ouverte, cette ville n’avait aucun débouché côté terre.
...

Le 20 (juin), le gouverneur général porta la division de Mac Mahon à Nerkar, en passant par le col de Chehenna. Le général Bosquet avait dressé ses tentes à Fedj El Arba, chez les Beni Asker. Dès que les communications furent établies entre les deux divisions, les officiers du génie se mirent à reconnaître le pays, afin de déterminer la meilleure direction de la route, et les reconnaissances faites, on se mit a l’oeuvre sans retard. Plusieurs camps furent formés pour mettre les troupes à portée de la portion de route qu’elle devaient ouvrir.


En prévision de ces travaux, huit mille outils avient été préparés d’avance, et huit mille hommes s’en saisirent, et ce formidable atelier eu bien vite raison, des rochers qu’on brisa, des ravins qui furent comblés, des rivières qu’on enchaina par des ponts.
"


Références : Mémoires du Maréchal Randon -voir la bibliographie.

Posté par bahia_ben à 18:00 - 11. Histoire de Jijel et alentours - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mai 2007

Sociologie: l'émigration depuis Djidjelli, vers 1950

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Voici quelques chiffres issus d'une étude sociologique menée vers 1950 (date incertaine) - étude qui se proposait d'analyser les destinations des flux migratoires vers la métropole des travailleurs musulmans issus des arrondissement de Bejaïa et Jijel.

Sur la zone de Jijel, trois communes mixtes sont étudiées:
- El Milia
- Taher
- Jijel

La photographie réalisée à cette époque indique que les taux d'émigration vers la métropole étaient très hétérogènes en fonction de la commune mixte concernée:
- 8000 émigrés partis d'El Milia (pour une population à l'époque de l'ordre de 90 000 personnes) (soit 9 % de la population environ)
- 800 à 100 personnes parties de Taher
- faible émigration issue de la commune mixte de Djidjelli, soit 320 émigrés pour une population de 55 000 habitants (0.55%)

Chaque douar / chaque zone avait ses destinations d'émigration préférées, les membres d'un douar se regroupant de préférence et utilisant les réseaux de relations tissés par leurs prédécesseurs.

Zoom sur la commune mixte de Djidjelli :

Les département métropolitains dans lesquels la majorité des émigrés se rendaient sont:

Savoie - Moselle - Hérault -Pyrénées Orientales

(ensuite une vingtaine de départements avec pas plus de 5 Djidjelliens chacun)

Les métiers de ces migrants se décomposaient comme suit:
190 manoeuvres dans les industries métallurgiques du Nord et de l'Est,
80 mineurs,
6 maçons,
10 hôteliers-cafetiers.

Tous les émigrants allés dans l'Hérault et les Pyrénées Orientales étaient issus du douar Tamezguida (dans lequel on trouve beaucoup de Beni Foughal), probablement employés dans l'agriculture (gestion des vignobles).

Les émigrants de la commune de Strasbourg  allaient dans leur grande majorité en Isère.

La commune de Ziama Mansouriah avait envoyé  70 travailleurs en métropole, en majorité dans le Rhône (tout comme les Douars Tahahout de la commune mixte voisine de l'Oued Marsa), et quelques personnes en région parisienne. Activité principale: manoeuvres dans l'industrie mécanique.

Vous trouverez ci-joint deux cartes (sortez vos loupes, c'est écrit en tout petites lettres... ) qui indiquent:
- pour l'une la destination des émigrés en fonction de leur douar d'origine
- pour l'autre l'origine des émigrés en fonction de leur destination d'arrivée en métropole.

carte_jijel_90deg

carte_jijel
legende_carte_jijel
carte_france

Pour ma part, j'ai vérifié la concordance de ces informations avec l'histoire de certains membres de ma famille => Pyrénées Orientales, Hérault, Moselle: le compte est bon.
Et pour vous ? Est-ce que ces informations concordent avec l'histoire de certains de vos proches ? 


Références:
Auteurs: Affaires Musulmanes et Action Sociale
L'Emigration dans les arrondissements de Bougie et Djidjelli
Etude sociologique de la migration des travailleurs musulmans d'Algérie en Métropole,
Cahier n°5
SLND Editions
Cote: FOL-LK8-3025 (5), Bibliothèque Nationale de France

Posté par bahia_ben à 21:58 - 11. Histoire de Jijel et alentours - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mai 2007

Les souvenirs de Manuel Bugéja

Manuel Bugéja démarra sa carrière comme secrétaire de commune mixte, puis monta tous les échelons hiérarchiques pour terminer Administrateur Principal Honoraire de Communes mixtes.
Il commença sa carrière à l'age de 20 ans sur la Zone Bougie-Sétif-Djidjelli, peu après l'insurrection de 1871. Il multiplia les aller-retours entre ces villes et les communes mixtes qui étaient de son ressort: il parcourut maintes fois les montagnes du Babor, ainsi que la région Djidelli.
Il fut en contact avec de nombreuses tribus, et en particulier avec les Beni Foughal qu'il mentionne à plusieurs reprises dans ses 'Souvenirs d'un fonctionnaire colonial'.

photo_bugeja


Copyright par Editions Internationales, Tanger


Contrairement à la majorité des auteurs/voyageurs de l'époque qui nous ont laissé des témoignages, Manuel Bugéja possédait une connaissance fine des usages de ses interlocuteurs, et aucune condescendance envers les indigènes n'est palpable dans son récit.

Les pages 5 à 31 de ses mémoires sont consacrées à la région des Babors, et sont très intéressantes: je vous les conseille!  (j'écrirai d'autres articles à ce sujet dans ce blog )
Malheureusement, ces Souvenirs n'ont été tirés qu'en 15 exemplaires et hors commerce: le souhait de Bugéja était seulement de laisser un témoignage à ses petits enfants qui étaient encotre trop jeunes pour qu'il puisse leur raconter le déroulement de sa vie. Un de mes oncles a découvert ce livre à Alger il y a quelques années, et un autre exemplaire est disponible à la BNF.

Voici un extrait concernant l'arrivée des colons français dans la région de Jijel:

"
Toute cette région avait subi l'insurrection kabyle de 1871. C'est à la suite de cette insurrection que de grandes étendues de terrain furent séquestrées et les meilleures terres confisquées - dans les vallées notamment - pour installer les Alsaciens-Lorrains ayant rallié la France arpès le désastre de 1870.
C'est ainsi que le Gouvernement de la République, fraîchement instauré, a introduit en Kabylie une colonisation française.
Les premiers colons furent installés dans la vallée de l'Oued Sahel (Soummam) et des villages furent créés d'abord à Akbou, Sidi Aïch, El Kseur, Oued Amizour, La Réunion (Oued Rhir).
Puis à Seddouk, Tazmalt, Adekar et Kerbouche, beaucoup plus tard. Des fermes furent également concédées (à des Lyonnais notamment). Sur le littoral, un hameau (Souk El Tnine) existe actuellement.
Dans la zone montagneuse du massif du Babor, et dans la région de Sétif, d'autres villages ont également été créés sur des terres confisquées et attribuées à des Alsaciens-Lorrains et à des immigrants de la Métropole tels que: Kerrata, Amoucha, Tizi N'Bechar, ainsi que les fermes de Teniet et Tin.
Par la suite, surgirent dans cette région, les villages de Périgotville, Chevreul (dont je fus l'initiateur), Lafayette (création de mon beau-père, Monsieur Moisan), et d'autres villages encore, érigés en communes de plein exercice.
Mais je veux m'en tenir ici à l'arrondissement de Bougie. Cet arrondissement comprend la région de Djidjelli.
Il a été colonisé également par  des Alsaciens-Lorrains et autres immigrants, qui créèrent les villages de Duquesne, Chefka, Strasbourg, Taher, Oued Djendjen. Plus tard apparurent les hameaux de Cavallo et Texenna et les fermes de Montaigne, de Ziama et Mansouria.
...
A cette époque, Mr Albert Grévy fut nommé Gouverneur Général de l'Algérie. Peu de temps après son installation, il décida de la création de 80 communes mixtes devant prendre la succession des cercles administrés par l'autorité militaire.
...
Dans la région de Djidjelli furent crées les communes mixtes de: Tabbabort, avec résidence à Djidjelli même et dont le premier administrateur fut Mr Gautier, et de: Taher, administrateur Mr Barreyre.

L'arrêté du 25 août 1880 fut le point de départ de cette transformation administrative.

"

Références:
Manuel Bugéja, "Souvenirs d'un Fonctionnaire Colonial", 1939, Editions internationales, Tanger.
Cote: 4 LN27 82344 , Bibliothèque Nationale de France
Tous droits de reproduction littéraires et cinématographiques réservés pout tous pays par les Editions Internationales, Tanger.

Posté par bahia_ben à 23:21 - 11. Histoire de Jijel et alentours - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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