21 novembre 2007
Etudes sur la Kabylie, Carette, Livre 1 : dénominations
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Voici aujourd'hui un article qui ne concerne pas directement la tribu des Beni Foughal, mais qui va me servir à mieux expliciter dans quelle direction on peut essayer de creuser la piste Ifogha.
J'ai trouvé sur Google Books un livre intitulé 'Exploration scientifique de l'Algérie pendant les années 1840, 1841, 1842' . Ce volet (il en existe plusieurs) a été rédigé par Carette, découpé en quatre livres, il est consacré à l'étude de la Kabylie.

Ce qui m'intéresse plus particulièrement aujourd'hui est le premier livre, consacré à la dénomination géographique et ethnographique en Kabylie. En ce qui concerne l'ethnographie, Carette consacre une étude aux noms patronymiques, une autre aux noms de tribus, et s'arrête en particulier sur la valeur historique à donner aux dénominations (page 106):
"
Si les altérations introduites dans les noms de tribus par les orages de leur destinée et le hasard de leurs déplacement; si les désinences, tantôt arabes, tantôt berbères, si les formes, tantôt familiales, tantôt communales, jettent, au premier abord, de la confusion dans la nomenclature, il faut reconnaître cependant qu'elles acquièrent une valeur historique dès qu'on est parvenu à discerner le type original dans le type adventice.
Chaque nom porte réellement avec lui sa traduction et son commentaire; quel que soit le point d'arrivée de la tribu, la racine du nom en fait connaître le point de départ. Les désinences elles-mêmes conservent souvent la trace des vicissitudes qu'elle a dû éprouver.
Ainsi se révèle, dans l'éparpillement des mots, la loi fatale qui a présidé à l'éparpillement des hommes.
A diverses époques, des courants violents ont traversé l'Afrique du Sud au Nord et du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest et de l'Ouest à l'Est. La nomenclature géographique porte l'empreinte de leur passage.
...
Le courant de l'Ouest à l'Est, qui correspond à la renaissance berbère dans la dynastie des Almoravides, est celui qui a laissé les vestiges les plus nombreux et les plus remarquables.
...
Les mouvements du Sud au Nord et du Nord au Sud ont aussi laissé quelques points de repère. Nous en trouvons un dans la tribu kabyle des Beni Ir'at'en; car l'analyse de ce nom rapporterait à une émigration venue de R'at l'origine de la tribu. R'at est, comme on sait, une ville située au delà de R'dâmes (Ghadamès), sur la lisière du Soudan; elle appartient aux Touareg, les Kabyles du désert. Il résulterait de ce rapprochement qu'à certaines époques les Berbères du grand désert et ceux de la côte auraient pu se tendre la main à travers l'immense espace qui les sépare, et se réunir par des colonies. Au surplus, il règne à R'at une tradition qui ajouterait de la vraisemblance à ce fait, c'est qu'autrefois des caravanes assez nombreuses s'acheminèrent vers le Nord et ne revinrent jamais au pays natal.
Entre la Kabilie et la région des oasis, les échanges ne peuvent être révoqués en doute. Témoin la colonie kabile des Beni 'Azzoug, établie au Zîbân, dans le village d'El Bordj, et les colonies sahariennes d'Ibiskrien, et de Taouri't-n-aït-Gana, établies dans la Kabilie.
Nous avons déjà fait connaître ailleurs l'exemple remarquable de migration fourni par les Arib, qui, du fond du désert, se sont avancés jusqu'à la Méditerrannée.
L'examen des dénominations ethnographiques fournit une nouvelle preuve de ce fait intéressant, et permet, jusqu'à un certain point, de suivre leur route. La tradition rapporte que, dans leur mouvement d'émigration, ils firent un premier séjour vers la ligne où le Sahara confine au désert; mais elle n'en dit pas d'avantage. La nomenclature, plus explicite, indique le point où ils durent s'arrêter. C'est dans la ville de Ngouça, où l'on trouve un quartier compris sous le nom d'Oulâd El Aribi (les descendants de l'Aribien) qui fait à peu près un tiers de la population. Ngouça, appartenant à l'oasis d'Ouaregla, se trouve sur la ligne que les émigrants devaient parcourir.
"
L'hypothèse à creuser selon moi dans le cadre de l'exploration de la 'piste Ifogha' est donc bien la suivante: déplacement d'une colonie / d'un sous-groupe Touareg Ifogha, avec un premier arrêt à la lisière du désert, dans un endroit qui a pris en conséquence une dénomination ethnographique qui en porte la trace: Foughala. Puis dans une deuxième étape, un avancement jusqu'au bord de la Méditerrannée.
Comme déjà dit, la connaissance des routes anciennes Nord-Sud utilisées par les caravanes pourrait nous aider à y voir plus clair pour les Foughal de la région de Jijel - voire même pour les Fourhal du Maroc, et les Foughal de Gouraya cités par Cauvet.
<>
Références
Exploration scientifique de l'Algérie pendant les années 1840, 1841, 1842
Etudes sur la Kabylie proprement dite, par E. Carette (livre premier)
Paris, Imprimerie Nationale, 1848
04 novembre 2007
La piste Ifogha: réponse à vos questions / à vos messages
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J'ai reçu depuis la publication de l'article sur la 'piste Ifoghas' pas moins de onze mails de questions/ remarques/critiques.
Pour résumer, la teneur des messages est assez disparate, cela va de 'Bahia, là tu as fumé la moquette' à ' le rapprochement Kel Herass / Kahl Rass est effectivement troublant'.
Je vais donc faire une réponse globale, en espérant que je n'oublierai aucun point:
- la piste Ifogha est pour moi un nouvel axe de recherche concernant l'origine de la Tribu des Beni Foughal, à ajouter aux autres axes de recherche. Je trouve pour ma part cette piste intéressante.
- la recherche d'une origine Ifogha pour les Beni Foughal n'est pas une idée de Cauvet: comme Cauvet le dit dans son article, il reprend une idée qui a été exposée par Tissot dans son livre 'Géographie Comparée de la Province Romaine d'Afrique', paru en 1884 (Imprimerie Nationale). Ce livre de Tissot constitue une référence encore utilisée par les chercheurs de nos jours - Tissot était archéologue, et spécialiste de la géographie historique; il a beaucoup étudié les mouvements anciens de population, en particulier pour la partie Est du Maghreb.
De plus, Tissot lui-même indique dans sa Géographie Comparée que d'autres auteurs ont eux aussi proposé une origine Ifogha pour les Beni Foughal - il est dommage qu'il n'ait pas pris la peine de donner des références détaillées à ce sujet.
- Je pense effectivement que deux familles de la tribu portent des noms qui sont probablement d'origine targuie. Et je trouve que la présence d'une famille Kahl Rass est un indice important en faveur de la piste Ifogha.
Par contre si on accepte cette hypothèse on n'est fixé que pour deux familles...et pour les autres famille de la tribu, que penser?
=> soit la tribu a une origine homogène ( 'tous des Ifoghas')
=> soit des familles venues du Sud se sont-elles mélangées à une tribu déjà existante (origine hétérogène - ce qui correspond aussi à l'hypothèse émise par Marçais, que j'ai déjà citée ici)
- Je ne crois pas pour ma part que la légende orale de la tribu soit fausse à 100%. Mais là, effectivmeent, il s'agit d'une conviction personnelle et je comprends tout à fait que d'autres ne la partagent pas.
Je pense que la liste de noms citée a de fortes chances d'être totalement fausse, car mémoriser génération après génération une telle énumération est assez hasardeux.
Par contre j'ai tendance à penser que les grandes lignes (Sakiat El Hamra / Biskra / Kalaa des Beni Hammad) peuvent être des indices intéressants, tout comme ce que l'on trouve dans la légende orale des Ouled Attia ( origine du Petit Sahara, Marabout Sidi Moussa).
- Je suis ok avec la remarque de Zoundai au sujet de 'la cuisse de poulet' , je n'aurais pas du m'appuyer dessus pour faire ma démonstration.
- Je trouve que cette piste Ifoghas 'colle' assez bien avec tous les indices/ traditions orales/ éléments dont nous disposons.
- Pour ceux qui m'ont demandé plus d'informations sur l'histoire ancienne de ces touareg Ifoghas, voici des livres anciens qui font encore référence sur le sujet:
Henri Duveyrier
Les Touareg du Nord
Editeur: Challamel, Paris, 1864
Ce livre n'est pas disponible à la BNF, mais on peut le trouver dans plusieurs bibliothèques en France.
Une réédition est disponible aux éditions Vents de Sable, ISBN 2-913252-55-9
Henri Brosselard
Les deux missions Flatters
Librairie Furme, Jouvet et Cie, 1889
Ce livre est téléchargeable sur le site Algerie-Ancienne
et pour ceux qui veulent encore aller plus loin, vous trouverez énormément de références sur ce site.
30 octobre 2007
La piste Ifogha: remarque (capitale) n°4
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Suite à la lecture de l'article de Cauvet, j'ai décidé il y a quelques jours de me documenter sur les Touareg du Nord, nos fameux Ifoghas/Iforas: en effet, la piste d'une origine Ifora paraissait intéressante, de l'ordre du 'pourquoi pas'. Et comme on l'a vu, la légende orale de la tribu n'était pas en opposition avec ce que dit Cauvet.

Mais là....il s'agit de tout autre chose : je pense avoir trouvé un indice important, qui transforme cette 'hypothèse Ifora' en une piste sérieuse. Pour en arriver là, j'ai d'abord trouvé dans Google Books le livre suivant: les volumes 3 et 4 des Mémoires de la Société de Géographie de Genève, année 1862.
Un des articles du tome 4 fournit des notions ethnographiques sur les berbères Touareg, résultats d'une étude du Baron Henri Aucapitaine. On y trouve quelques éléments d'histoire des touareg, puis une description de leur usages.
La partie qui nous intéresse a trait à l'organisation sociale des touareg : d'une part des tribus nobles, puis, d'autre part des tribus serves dont les membres sont appelés imeroden (au singulier : imrad) : chaque tribu serve est vassale d'une tribu noble; et ces tribus vivent ensemble, effectuent leurs déplacements ensemble - l'auteur consacre plusieurs pages à ce sujet.
Voilà un extrait de ce qu'il dit:
"
Il est dit que les imeroden devaient donner annuellement à leurs maîtres quelques agneaux et quelques chevraux, un petitc hameau et du lait à discrétion.
"
"
En retour, les nobles doivent aide et protection à leurs serfs, et garantissent les troupeaux des razzias de l'ennemi.
"
Premier indice
Aucapitaine parle ensuite de fraction de tribus touareg, qui ne sont ni nobles, ni serves mais maraboutiques, et là arrive le premier indice important:
" Les tribus ou fractions de marabouts, si nombreuses dans le nord de l'Afrique, tant dans les pays arabes que kabyles, se rattachent toutes communément à une migration considérable d'origine arabe partie du Sous Marocain, et qui paraît coincider avec l'arrivée en Afrique des Andalous et des Taggarins (note 2) expulsés d'Espagne.
...
note 2 : On donnait le nom de Moudejares ou Andalous aux premiers réfugiés d'Espagne qui venaient du royaume de Grenade et d'Andalousie, et le nom de Taggarins ou Tagartine à ceux d'une seconde migration, partie du royaume d'Aragon, de Valence et de Catalogne; j'ai signalé les détails de l'origine arabe, des Marabouts venus du Saguia-t-El-H'amera (la rigole rouge) au sud de Marok et maintenant dispersés dans toutes les régions d'Algérie. Voyez: journal asiatique, 1ere série, t XIV, p265, et Revue de l'Orient, 1859, n° VIII, p 471.
"
=> nous retrouvons le passage par Sakiat El Hamra qui fait partie de la tradition orale de la tribu des Beni Foughal => donc la 'piste' Ifogha continue a être en accord avec la tradition orale.
Deuxième indice (remarquable!)
Ensuite, en page 46 et 47, l'auteur fournit la nomenclature des tribus nobles et serves des touareg Azguer (ou Iasgueren) , groupe dans lequel on trouve les Iforas algériens. Voilà ce qu'on peut lire:
Groupe des Azguez
Tribus nobles
Ifour'as (1) , divisés en trois fractions:
- Ifouras oui n oukiren (note 2)
- Ifouras oui n irdad (note 3)
- Ifouras oui n ettebel (note 4)<>
note 1 : dont le nom se retrouve indiqué Ifuracen sur la liste des noms de plusieurs tribus africaines,donnée par le poère latin Corippus dans la Johannide (sixième siècle). Cette fraction peut se rattacher à la grande tribu des Iforen ou Beni Ifren qui, d'après Ibn Khaldoun, joua un certain rôle lors des temps préislamiques.
note 2 : Les Ifouras d'Oukiren, nom propre d'homme
note 3 : les Ifouras des oiseaux
note 4 : les Ifouras des tambours.
....
(suite de l'énumétation)
...
Tribus serves ou Imeroden des Azguer
Kel toubren
Kel Fadnoun
Kel Herass
Kel Meddak
Oui Ihzg'g'arenin
...
"
=> et là, surprise: nous trouvons une fraction de tribu serve d'Iforas qui s'apelle Kel Herras....or dans le cadre de la construction de la liste des noms de famille de la tribu qui figure dans ce blog, plusieurs lecteurs m'ont demandé d'intégrer le nom Kahlerass / Kahl Rass à la liste!!
Nous avons là un nom de famille qui apporte la preuve qu'il existe une souche Ifogha au sein de la tribu des Beni Foughal!!!
Troisième indice:
Les auteurs qui ont écrit des textes sur les touareg précisent en général que le préfixe 'Kel' que l'on trouve devant la majorité des noms de tribu veut dire 'peuple' en Tamachek. Aucapitaine précise lui aussi ce point (en bas de la page 46).
J'ai donc examiné la liste des noms de famille de la tribu, et j'ai trouvé une autre nom en 'Kel', celui de la famille Kahl El Aïn.
Je pense qu'il s'agit là encore d'un nom qui donne directement accès à une souche targuie. Mais je n'ai pas pu aller plus loin, ce nom ne fait pas partie des fractions répertoriées par Aucapitaine.
<>
Reférences:
Baron Henri Aucapitaine
'Notions ethnographiques sur les berbères touareg'
Mémoires de la société de Géographie de Genève
Tome 4, 1862, pages 1 à 58.
Disponible sur Google Books ici.
Attention: la manipulation de Google Books dans le cas de ce livre s'avère là encore compliquée:
- Google books voit ce document comme étant le 'tome 3' de l'année 1862. En réalité, le document contient les tomes 3 et 4.
- La numérotation des pages n'est pas continue et repart de zéro plusieurs fois...donc si vous cherchez les pages 1 à 58, vous ne tomberez pas sur cet article.
=> si vous souhaitez faire une consultation en ligne sur Google Books, une fois le livre sélectionné, le mieux est de taper le mot-clef 'touareg' dans la recherche, et de sélectionner le 2 lien qui indique 'page 12'.
=> sinon je vous conseille de télécharger le doc (21.7 Mo). Dans ce cas Google verrouille la recherche par mots clefs, mais par contre le fichier pdf teléchargé propose une numérotation de page continue du début à la fin => l'article se trouve en page 523 (pages 523 à 576).
Bonne lecture!
"
26 octobre 2007
La piste Ifogha : remarque n°3
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Voici l'analyse d'un autre point du texte de Cauvet:
Poursuivant le raisonnement qui lui fait penser que les Beni Foughal pourraient avoir une ascendance Ifogha, l'auteur indique que les Beni AFeR pourraient eux-aussi avoir la même origine.
On peut là aussi essayer de s'appuyer sur la tradition orale des tribus pour vérifier si ces traditions concordent (là encore l'idée est de voir si l'hypothèse d'une origine commune tient la route - et non pas de vérifier si la tradition orale dit vrai).
La tradition orale des Beni Foughal indique que Si Mohammed El Gueliel égorgea à Foughala un détachement de soldats turcs qui avaient mutilé son fils pour une raison futile. Ce point n'apparaît pas dans le document transcrit ici; mais cela fait néammoins partie de la tradition orale de la tribu - ce que mon père a noté quand il a commencé dans les années 1930/1940 à noter ce que lui racontaient les anciens.
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Voici maintenant ce qu'on trouve dans la tradition orale des Beni Afer (j'ai trouvé ce texte dans le livre de Charles Féraud, 'Histoire de Gigélli '):
"
Beni-'Afer._ Voici sur cette tribu, la tradition conservée par les gens du pays:
L'aïeul des Beni-'Afer, nommé Ikhelef Ben Hassen, originaire du Maroc, habitait dans les environs d'Alger et vint s'installer dans la Kabilie vers les premiers temps de la domination turque, c'est à dire au 16e siècle. Un détachement de soldats turcs voyageant aux environs d'Alger, s'arrêta dans la maison d'Ikhelef. Aussitôt, et suivant les ordres reçus, on s'occupa à leur préparer la diffa. Le fils d'Ikhelef, poussé parla faim, demanda quelque nourriture à sa mère, qui, n'ayant rien d'autre sous la main, détacha la cuisse d'un des poulets destinés aux Turcs, pour satisfaire l'appétit de son enfant. Lorsqu'on servit la diffa aux soldats, ceux-ci s'aperçurent de l'absence de cette cuisse, s'informèrent des motifs de sa disparition et voulurent savoir qui l'avait mangée.
" C'est le plus fort, répondit la mère!"
Les turcs, irrités de cette réponse et voulant prouver qu'eux seuls étaient forts dans le pays, s'emparèrent de l'enfant et lui coupèrent la cuisse.
Ikhelef dissimula sa colère et attendit que les Turcs, après s'être couchés, se fussent endormis; alors, avec l'aide de trois de ses frères, il les égorgea tous. Craignant d'être poursuivi pour ce crime, il quitta immédiatement le pays et vint directement à Koubba, où sa mule fatiguée s'arrêta, refusant de marcher davantage.
"
La légende des Beni Afer positionne les évènements en d'autres lieux, mais on y retrouve bien:
Une arrivée tardive dans la région de Jijel
La mutilation d'un enfant par les soldats turcs, puis le meutre de tous ces soldats par le père de l'enfant.
Là encore, il me semble qu'on peut considérer que les légendes orales sont suffisamment ressemblantes pour dire qu'il n'y a pas contradiction avec l'hypothèse de Cauvet.
Références
Féraud, Louis-Charles
Histoire des villes de la Province de Constantine: Gigelli
Arnolet, 1870, Constantine.
24 octobre 2007
La 'piste' Ifogha: remarque n°2
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Suite à la mise en ligne de l'article de Cauvet, j'ai reçu deux e-mails de lecteurs qui me disent que pour eux le nom 'Foughal' dérive du nom 'Foughala' et non pas du mot 'Ifogha'.
Je suis totalement d'accord avec eux...mais cela ne contredit en rien l'hypothèse de Cauvet:
En effet, des touareg Ifoghas, en remontant vers le nord, pourraient s'être fixés en un lieu près de Biskra; en conséquence de quoi ce lieu s'est appelé 'Foughala' précisément parce que des Ifoghas y vivaient. Et ensuite, , la tribu reprenant sa migration, ses individus sont devenus 'les gens de Foughala'.
Remarque: comme vous le constatez, j'écris maintenant 'Ifoghas', car on m'a fait remarquer qu'il s'agit de la manière dont on orthographie ce nom actuellement.
22 octobre 2007
La 'piste' Ifora : remarque n° 1
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Le premier point intéressant qui apparaît à la lecture de l'article de Cauvet est le suivant:
(en page 6)
"
Temassinine où est la koubba de Sidi Moussa, personnage vénéré de leur tribu en marque à peu près le centre
...
Les Iforas du Nord et en particulier la fraction des Oulad Sidi Moussa ont la prétention d'avoir parmi leurs ancêtres un descendant du prophète Mohammed, ce qu'il est assez difficile de vérifier
"
Confrontons ce point à ce que dit la généalogie de transmission orale des Beni Foughal:
(cf le document dont plusieurs membres de la tribu possèdent une copie)
"
Fatima Zohra: que la bénédiction de Dieu soit sur elle. Elle est fille du prophète que le salut soit sur lui
=> Hassan (ou Hocine)
=> Idriss le jeune
=> Zine El Abidine
=> Ali
=> Abdullah
=> Koreich
=> Banon Makhzoum
=> Hachem
=> Zayeb
=> Tafour
=> Aïssa
=> Moussa
...
"
Il y a bien un Moussa dans la lignée, mais rien de spécifique n'est dit à son sujet. Par contre il y a bien positionnement dans la lignée du Prophète.
La généalogie de tradition orale des Ouled Attia s'avère très intéressante:
<>
"
Au nom de Dieu clément et miséricordieux.
J''implore ton secours, ö Dieu généreux.
Que Dieu répande ses bénédictions sur notre seigneur Mohamed.
Généalogie se rattachant au saint, pur illustre et glorieux Sidi Moussa, habitant le pays de Sahira (petit Sahara)
Note ajoutée par Féraud : la petite oasis de Sahira, dans laquelle se trouve la mosquée de Sidi Moussa, est située à 40 kil. de Biskra, sur le chemin de cette ville aux Ouled-Djellal.
"
On retrouve bien ici la vénération d'un saint marabout Moussa, avec une localisation dans le désert.
Sur le fond, rien ne permet d'affirmer ni d'infirmer que les Beni Foughal sont des cherifs; ceci dit ce n'est pas la véracité de ce point qui nous intéresse ici.
<>
Ce qui mérite d'être noté, c'est la similitude entre les éléments de la tradition orale Beni Foughal / Ouled Attia d'un côté, et celle des Touareg Iforas de l'autre: les deux traditions orales sont compatibles.
On remarquera que le Marabout Moussa est aussi cité dans la tradition orale d'autres tribus de la région de Jijel: on pourrait émettre l'hypothèse que celles-ci aussi sont descendantes d'essaims de tribus touareg: elles seraient seulement la résultante de la migrations de petits groupes, et non pas d'invasions comme on a tendance a le penser a priori.

En ce qui concerne la localisation de la ville de ce Marabout: J'ai essayé de faire des recherches sur le web, mais les ressources sont peu nombreuses. La ville de Temassinine a été renommée Fort Flatters par la France; puis suite à l'indépendance, Bordj Omar Driss. Voici le peu d'infos que j'ai trouvé à ce sujet:
- Fort-Flatters
- photo d'oasis à Bordj Omar driss ou sur le site de Yann Arthus Bertrand
- positionnement sur la carte d'Algérie
21 octobre 2007
Les Beni Foughal, descendants des Touareg Iforas?
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J'ai trouvé à la BNF un article publié en 1933 dans le 'Bulletin de la Société de Géographie d'Alger', qui s'intitule 'Les Touareg Iforas'.
L'auteur est un certain Commandant Cauvet, qui nous livre là un texte bourré de références historiques et géographiques, avec des idées exposées de façon un peu brouillonne - j'ai pour ma part dû lire cet article 4 ou 5 fois avant de bien comprendre la structure de son raisonnement- les allers-retours incessants entre l'antiquité et les temps modernes brouillent la compréhension globale lors des premières lectures...
Cet article est typique des articles anthropologico-historico-géographiques du début du siècle dernier, avec tout ce que cela représente de meilleur (érudition, connaissance large et approfondie du sujet, étude des textes anciens latins et arabes) et de pire (valorisation des populations blanches par rapport aux 'nègres'). Ceci étant dit, l'article reste intéressant, et propose des pistes de réflexion intéressantes.

Le sujet d'étude: les touareg Iforas. L'auteur s'appuie sur les données de l'époque, plusieurs missions ayant alors déjà été au contact des Iforas, encore appelés 'Touareg du Nord'. Le texte est long (50 pages) et Cauvet aborde tous les aspects connus de ce peuple en 1933:
- Origines, migrations, arrivée en Afrique: Cette partie est intéressante quoiqu'à prendre 'avec des pincettes': on y retrouve bien la notion de populations perses migrant vers l'Afrique, mais il est clair qu'il vaut mieux s'appuyer sur des études de chercheurs récentes pour se faire une opinion sur ce point.
- Déplacement de ces populations en Afrique: La zone parcourue par ces touareg semble avoir été très large, et les populations se sont scindées en sous-groupes. Les populations ont ensuite diminué peu à peu, certains groupes s'assimilant aux populations locales. Au début des années 1930, ils était possible de détourer des groupements plus ou moins importants, que l'article nous décrit en détail:
- les Iforas de l'Adrar
- les Iforas de l'Aïr
- les Iforas du Damergou
- les Iforas de Menakha
- les Iforas de GAO
- les Iforas de la boucle
Cauvet explique que les touareg Iforas se déplaçaient sur des routes bien spécifiques dont certaines leur permettaient d'aller commercer jusqu'aux abords de la Méditerrannée; et qu'ainsi on peut envisager que des 'essaims' de populations Iforas se soient fixées le long des ces routes.
- Caractéristiques de ces populations: l'auteur nous parle de tribus très efficaces de tout temps au combat, mais peu belliqueuses et respectées par les tribus environnantes, en raison de leur 'sagesse' et de leur piété. Il indique que les Iforas sont quasiment partout considérés par leurs voisins comme étant des nobles.
Selon leur propre légende orale, les Iforas se disent descendants du Prophète (et en particulier une fraction des Iforas appelée les Ouled Sidi Moussa).
- La partie la plus intéressante de la démonstration de Cauvet est relative à l'étude linguistique des noms de lieux dans lesquels sont passés / se sont fixés les Iforas. Il explique que la toponymie en F.R. est rare et qu'elle est probablement originaire de Perse. Et qu'en repérant sur une carte les noms de lieux dérivés du mot 'Iforas' ou bien contenant le son 'F.R.' (et en particulier la syllabe FOUR) on retrouve les mouvements des populations Iforas. Et il constate que ces mouvements paraissent cohérents avec les localisations d'Iforas constatées à l'époque.
Il émet ainsi l'hypothèse que les Beni FouRal, tribu ayant un nom en 'F.R.', tout comme les Beni AFeR, sont probablement des 'essaims' d'Iforas qui se sont fixés assez tardivement. Cette hypothèse mérite ld'être examinée..
Cauvet indique aussi qu'à son époque on peut trouver des Beni Fourhal à Djidjelli, Oued Cherf, FedjMzala, Biskra (Ksar Foughala), Braz et Gouraya.
- Enfin, Cauvet effectue aussi la synthèse des mesures anthropométriques effectuées sur les Iforas, dans l'idée de déterminer les caractéristiques de la 'race Iforas pure'. On pourra retenir de cette partie que les Iforas 'typiques' présentent certaines caractéristiques physiques 'spécifiques'. Ils sont en moyenne plus grands que les autres touareg, et qu'il semblerait que les individus 'type' présentent deux caractéristiques particulières: un visage long et assez étroit (dolichocéphalie), et un nez aquilin à la pointe tombante.
Voici le texte de l'article :
Mes remarques:
- Cauvet parle de la présence de Beni Foughal dans les communes de Braz et Gouraya. Cauvet dit 'commune de Gouraya', donc il ne me semble pas qu'il parle de la zone 'Gouraya' près de Bejaïa, mais bien de la ville de Gouraya près de Tipaza. Qu'en pensez vous? (Il pourrait s'agir aussi d'une faute de frappe, et que l'auteur parle de Gourara).
Sinon, j'ai cherché où se trouvait la commune de Braz, j'ai trouvé un ville non loin d'Alger. Vous confirmez?
- Cauvet ne semble pas avoir eu connaissance de l'existence des Beni Fourhal Marocains.Il serait intéressant de pouvoir creuser la piste d'un lien entre ces Beni Fourhal et les Beni Foughal d'Algérie: la zone des Beni foughal du Maroc est-elle située sur une route nord-sud qui était utilisée par les touareg Iforas pour aller vers la Méditerrannée? si c'était le cas, cela constituerait un point très intéressant...
- je vais poster dans les jours à venir deux autres messages sur le sujet, j'ai trouvé un ou deux éléments qui sont en faveur de cette 'hypothèse Iforas'.
Et voici d'autres liens pour approfondir le sujet:
- Un texte de Gabriel Camps qui fournit une synthèse globale des hypothèses envisagées au sujet de l'origine des berbères à travers les époques, et qui détaille les hypothèses les plus récentes à ce sujet: on y lit en particulier que 15% de la population en kabylie aurait un sous-type 'saharien', de stature élevée, dolichocéphale à tête longue.
- un site sur les touareg fournissant la carte du 'fuseau touareg' : axes de liaison entre le Maghreb et l'Afrique noire, et dans lequel figure nettement l'Adar des Iforas.
- un article téléchargeable fournissant ldes résultats récents d'études anthropologiques au sujet des berbères: analyse de la diversité génétique des populations
- un autre article du même type, et du meme auteur, qui montre que les populations de basse Kabylie se distinguent légèrement des populations de haute kabylie, car elles présentent une fréquence plus élevée de halotypes africains
- les fiches wikipédia sur le sujet: Touareg Kel Adagh (parmi lesquels les Iforas) , Adrar des Iforas (montagne des Iforas).
- et la discussion actuellement en cours sur le sujet sur le foum Jijel Info.
Références
Commandant Cauvet
Bulletin de la Société de Géographie d'Alger et de l'Afrique du Nord
38e année, 3e trimestre 1933, n°135
Cote MICROFILM M 4238, Bibliothèque Nationale de France
Mots-clef du fichier pdf:Iforas; Ifoghas; Ifouras; Ifurace; Ifuracen; Touareg du Nord; Duveyrier; Pharusiens; Pharusii; Ifouraces, Afaris; mission Flatters; Garamantes; Adrar des Iforas; Es Souk; Temassinine; Lemta; Karkasan; Jean Trgolita; Oulad sisi Moussa; Dag Elemtei; Cortier; Chudeau; Gautier; Strabon; Oulliminden; Ouliminden; Kel Es Souk; Four; Bafour; Tissot; Beni Ifren; Zenata; Gsell; perorsi; Berthelot; Delafosse; Darfour; Farsistan; Seistan;
