13 février 2008
Alexandre Dumas et les histoires de lion des Beni-Foughal de Guelma
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Alexandre Dumas père a effectué un seul voyage en Afrique du Nord dans sa vie (novembre 1846 - janvier 1847). Il embarqua à Cadix sur une corvette appelée 'Le Véloce" , faisant quelques haltes au Maroc, puis à Tunis et Carthage avant de terminer par l'Algérie qui était la destination principale du voyage. Les escales se firent à Bône, Stora, Philippeville, El Arrouch, Constantine, Blidah, Alger.

Alexandre Dumas par Nadar
Dumas revint d'Algérie avec le récit de son voyage (péripéties et anecdotes): c'est ce livre 'le Véloce, ou Tanger, Alger et Tunis', publié en 1848, que je vous présente aujourd'hui. Il s'agit d'un livre de propagande coloniale, une 'commande', le voyage de Dumas ayant été financé en partie par l'état Français. (vous trouverez une fiche de lecture du livre ici)
Dumas y parle entre autres de sa rencontre avec Jules Gérard, et retranscrit certaines des aventures qui lui ont été racontées par le chasseur - à cette époque Jules Gérard n'avait pas encore publié ses Mémoires (il le fera sept ans plus tard). C'est donc à travers les écrits d'Alexandre Dumas que les aventures de Jules Gérard seront d'abord connues.
Vous trouverez ainsi, sous la plume d'Alexandre Dumas, le récit des deux histoires de lion chez les Beni-Foughal de Guelma que nous avons déjà vues précédemment - mais le texte est plus court, et l'histoire un peu différente, on notera en particulier que dans ce récit-là la petite lionne éloignée de sa mère survit.
Et pour effectuer la recherche par mots-clefs dans ce livre, tapez 'Foural', le passage qui nous intéresse commence en page 302.
Références
Le Véloce, ou Tanger, Alger et Tunis
Alexandre Dumas, 1848
Vous pouvez télécharger ce livre ici
(Toutes les oeuvres de Dumas sont en téléchargement libre ici)
06 février 2008
Gerard The Lion Killer (2/2), ou la triste histoire du lionceau Hubert, né chez les Beni Foughal de Guelma, et mort à Paris
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Comme déjà dit dans l'article précédent, beaucoup de versions du livre de Jules Gérard sont en circulation, et elles ne contiennent pas toutes les mêmes anecdotes - la longueur des éditions disponibles est assez variable: voici une anecdote au sujet des Beni Foughal de Guelma, que j'ai trouvée uniquement dans la version anglaise du livre.

'Jules Gérard, le tueur de lions'
Les lecteurs anglophones du blog pourront se reporter aux pages 318 à 333 pour lire cette anecdote: vous pourrez d'ailleurs constater que la version anglaise du livre est plus agréable à lire, et que le ton général y est beaucoup moins pompeux que dans la version française.
Pour les non anglophones: je vous propose ci-dessous une traduction 'maison' des passages principaux de cette histoire. J'ai essayé d'être fidèle autant que possible au texte de l'auteur, mais les tournures vieillottes et les phrases interminables passent moins bien en français => j'ai 'coupé en deux' certaines phrases pour alléger un peu le style (j'espère que vous apprécierez l'histoire, la traduction m'a pris un certain temps...) :

Vous trouverez aussi au début du livre en version anglaise la même anecdote que celle racontée dans le livre en version française (cf article précédent). Par contre, si vous effectuez une recherche par mots-clefs dans le livre en anglais, il faut taper 'Fourral' pour la première histoire, et 'Foughal' pour la deuxième, l'orthographe du nom de la tribu n'étant pas cohérente tout au long du livre.
L'exemplaire du livre sur lequel je me suis basée pour la traduction est celui de la Lenox Library, New York.
Un autre exemplaire peut être trouvé sur Google Books, qui propose des gravures différentes, et aussi une longue préface de présentation (exemplaire de la Bodleiana Bibliotheca). L'histoire présentée aujourd'hui y figure aussi, mais le texte est différent (à partir de la page 120).

Références
The Adventures of Gerard The Lion Killer
Jules Gerard
Derby & Jackson, New York, 1856
L'original de ce livre est disponible à la Lenox Library, New York
Ce livre est disponible pour téléchargement sur google Books, ici.
Vous trouverez une autre version anglaise avec un contenu un peu différent ici (Bodleiana Bibliotheca)
Mots-clef du fichier pdf: Hubert le lion; lionceau; Djebel Meziour; Guelma; trompettiste Lehman; maréchal-ferrant Bibart; spahi Rostain; Mejez Amar; Duc D'Aumale; Leon Bertrand; journal des chasseurs, Jardin des plantes;
30 janvier 2008
Jules Gérard, le chasseur de lions (1/2)
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Voici aujourd'hui un livre assez léger: il s'agit des Mémoires de Jules Gérard, maréchal des logis chez les spahis, qui devint un grand chasseur de fauves. Il devint vite célèbre, et sillonna l'Algérie à la recherche de lions; certaines tribus firent d'ailleurs appel à lui pour les aider à se débarrasser de lions ayant établi leurs quartiers trop près des habitations ou des troupeaux.
C'est ce même Jules Gérard qui servit plus tard de modèle à Alphonse Daudet pour le personnage de Tartarin de Tarascon.

On trouvera dans ce livre beaucoup de choses approximatives, et la description que fait Jules Gérard du mode de vie des animaux est parfois surprenante. Mais au global le livre est assez intéressant: il rencontra un beau succès, le mélange 'exotisme-héros-indigènes-fauves' ayant de quoi appâter le lecteur...

Voici une péripétie à laquelle Gérard ne fut pas mêlé, mais qui lui fut racontée; il la retranscrit dans ses mémoires, et les Beni Foughal de Guelma sont partie prenante dans cette affaire (pages 29-31):
"
Les arabes qui ont connaissance d'une portée de lions, d'abord parce qu'ils ont vu la lionne prête à mettre bas, ensuite parce que le bétail enlevé prend chaque jour le même chemin, profitent du moment où la lionne sèvre ses petits pour les lui ravir.
A cet effet, ils se postent pendant des journées entières sur un mamelon ou un arbre qui domine le repaire, et, dès qu'ils voient la lionne s'éloigner, sûrs que le mâle n'est pas auprès des lionceaux, ils arrivent jusqu'à eux en se glissant à travers bois, les enveloppent du pan de leurs burnous pour étouffer leurs cris, et les portent à des cavaliers qui les attendent sur la lisière de la forêt pour partir ventre à terre, les hommes en croupe et les lionceaux devant eux. Cette manoeuvre est dangereuse, et, entre autres exemples, je citerai le suivant:
Pendant le mois de mars de l'année 1840, une lionne vint déposer ses petits dans un bois appelé El-Guéla, situé dans la montagne de Mezioun, chez les Zerdezah. Le chef du pays, Zeiden, fit appel à Sedek ben Oumbark, cheikh de la tribu des Beni Fourral, son voisin, et, au jour convenu, trente hommes de chacune des tribus se trouvaient réunis sur le col de Mezioun, à la pointe du jour.
Ces soixante arabes après avoir entouré le buisson dans tous les sens, poussèrent plusieurs hourras, et, ne voyant pas paraître la lionne, ils pénétrèrent dans les bois et prirent les deux jeunes lionceaux.
Ils se retiraient bruyemment, croyant n'avoir plus rien à craindre de la mère, lorsque cheik Sedek, resté un peu en arrière, l'aperçut sortant du bois et se dirigeant droit vers lui.
Il se hâta d'appeler son neveu Meçaoud et son ami Ali-Ben-Braham, qui accoururent à son secours. La lionne, au lieu d'attaquer le cheik, qui était à cheval, fondit sur son neveu, qui était à pied.
Celui-ci l'attendit bravement et ne pressa la détente qu'à bout portant.
L'amorce seule brûla.
Meçaoud jette alors son fusil et présente à la lionne son bras gauche enveloppé de son burnous.
Celle-ci le saisit et le broie, pendant ce temps, ce brave jeune homme, sans faire un pas en arrière, sans pousser une plainte, saisit un pistolet qu'il portait sous son burnous et force lalionne à lâcher prise en lui mettant deux balles dans le ventre.
Au même instant elle s'élance sur Ali Ben Braham, qui lui envoie inutilement une balle dans la gueule; il est saisi aux deux épaules et terrassé, il a la main droite broyée, plusieurs côtes mises à nu, et ne doit son salut qu'à la mort de la lionne, qui expire sur lui.
Ali Ben Braham vit encore, mais il est estropié.
Meçaoud est mort vingt-quatre jours après cette rencontre.
"
Vous pourrez trouver dans ce livre plusieurs épisodes de chasse au lion, et la description des méthodes traditionnelles utilisées par les tribus pour chasser le lion:
- méthodes 'passives' (fosse, affût)
- méthodes 'actives' utilisées par seulement trois tribus dans la province de Constantine, dont les Ouled Cessi (Ouled Sassy), tribu intégrée au caïdat de Beni Foughal de Guelma. Jules Gérard leur consacre plusieurs pages, et il cite un long épisode de chasse auquel il a participé, louant le courage des homme de cette tribu (pages 50 à 82). Je vous en conseille la lecture!
Reférences
Jules Gérard
La chasse au lion
Paris, librairie nouvelle, 1855.
Remarque: Jules Gérard a dédié ce livre ... au Maréchal Randon.
Ce livre est téléchargeable sur Google Books ici ou là: attention, pour le premier lien indiqué, la configuration est bizarre, le livre figure en 2e partie d'un ouvrage sur Sébastopol... Mais le téléchargement fonctionne (on télécharge les 2 livres d'un coup). Et pour la recherche par mot-clefs en ligne sur google books, attention, il faut taper 'fourral'.
Ce livre a été édité plusieurs fois et plusieurs versions circulent, plus ou moins longues et plus ou moins romancées. Beaucoup de copies circulent sur ebay, Chapitre, Amazon...
10 juin 2007
Les panthères à Beni Foughal, et plus loin
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Voici aujourd'hui un passage un peu plus récréatif, tiré du livre de Manuel Bugéjà dont j'ai déjà parlé ici
L'an dernier, sur le forum jijel.info, nous avions débattu autour d'un thème de discussion qui s'appelait 'des panthères à Jijel' (discussion que j'ai cherchée mais que ne trouve plus sur le site). J'avais alors cité 'de tête' ce que j'avais lu dans le livre de Bugéja. J'avais reçu quelque temps après un mail envoyé par un habitant de Jijel, qui voulait des infos sur les panthères, et qui me demandait mes sources: les voilà.
Mais auparavant, juste une remarque: dans son mail, ce monsieur me disait que son grand-père avait tué la dernière panthère du coin. ...dans ma famille aussi, on dit que c'est mon grand-père qui a tué la dernière panthère...et sur le web j'ai bien trouvé deux ou trois autres personnes qui pensent que c'est leur grand-père ou leur grand-oncle... Et vous trouverez ici des informations encore différentes sur les dernières panthères tuées dans la région.

Et voici ce que dit Bugéjà sur le sujet:
Passage concernant la forêt d'Acherit et Cap Aokas
"
La
forêt d'Acherit, alors très peuplée d'arbres de diverses essences,
notamment des chênes, avec un sous-bois très touffu envahi par des
lauriers-sauce et les lauriers roses qui garnissaient même le bord des
ravins, s'étendait sur un terrain quelque peu marécageux. Cette forêt
était un refuge de panthères. Je me souviens que, certain jour, les
voyageurs qui se trouvaient dans la diligence, virent un de ces fauves
traverser la route, se dirigeant vers la forêt de chênes-liège de
Beni-M'hamed et Beni Hassen. Les chevaux, tremblants sur leurs jambes,
restèrent un moment cloués sur place et il fallut force coups de fouet
pour les décider à continuer la route.
Nous mêmes avons souvent constaté les traces du passage de penthères, au cours de promenades dans les environs du bordj.
C'est
ainsi qu'au cours d'une partie de chasse dans la paline de Sidi-Réhane,
il nous arriva de nous glisser, M D'Audibert et moi, dans cette forêt
impénétrable. Nous nous y trouvions depuis une demi-heure environ,
quand tout à coup M D'audibert me dit:
- Bugéja! Ne continuons pas. Il y a une panthère par là. En effet, des traces fraiches d'un fauve se voyaient ça et là
...
Au cours de mon séjour dans cette commune mixte (ndlr commune mixte d'Oued Marsa, avec Cap Aokas comme chef lieu de la commune) , les indigènes de la région eurent la joie d'abattre quatre de ces fauves.
...
Outre
les peaux dont les indigènes eurent la libre disposition, on gratifia
les chasseurs d'une prime de 40 francs qui fut versée par la commune.
Les
kabyles recherchaient les peaux de panthère pour pratiquer la chasse au
"lisar''. Cette chasse consiste à se dissimuler dans une peau de
panthère et à avancer lentement, presque en rampant, le fusil en
joue. A cette vue, les perdrix accourent et se mettent à virevolter
devant le fauve. Lorsque plusieurs se trouvent ainsi devant le champ
visuel du chasseur, celui-ci décharge alors son arme. Il abat, de la
sorte, à chaque fois, trois ou quatre perdrix.
J'ai assisté
plusieurs fois à cette sorte de chasse. Les résultats étaient toujours
intéressants. A défaut de peaux de panthères, certains chasseurs
kabyles se confectionnent avec de la toile peinte une imitation de peau
de fauve, assez bien réussie.
A l'époque, le territoire de la
Commune mixte était couvert de forêts de chènes-liège magnifiques, et
les panthères frayaient librement, et comme elles étaient peu chassées,
leur reproduction devenait un problème inquiétant.
Au douar Beni Hassein, le khodja du caïd en tua une à quelques pas de son habitation.
"
Passage concernant Beni Foughal
"
Monsieur
du Camper réservait cette tournée pour plus tard, car il avait en
vue de rendre visite à ses collègues de Djidjelli, de Taher et de
Fedj'M'Zala, toutes communes limitrophes.
...
Un beau matin, monté sur son petit cheval bai, et moi sur mon grand cheval gris-fer, nous partîmes pour le Babor.
Nous
arrivâmes chez le caïd Belacem (ndlr: Belkacem) Ben Habyles après 6
heures de cheval. Nous nous mîmes aussitôt à table et à peine avions
nous terminé de déjeuner à la hâte que M Du Camper me dit:
- Mon petit, il faut que nous allions ce soir coucher à Djidjelli.
C'est
ainsi que sans répit, nous avons traversé tous les territoires du
Babor, des Beni Foughal et autres douars, pour arriver à Djidjelli par
le col de Texenna le soir même.
...
Mais M. Du Camper devant prendre une autre direction au retour, m'avait déclaré:
- Je voudrais bien que demain soir vous soyiez de retour à Takinount.
Je me devais d'accéder autant que possible à son désir.
...
Je partis aussitôt.
La
nuit m'atteignit en route. Je me trouvais avec mon cavalier d'escorte
aux Beni Foughal. Alors que j'en traversais la belle forêt, j'entendis
un bruit insolite.
Mon cheval s'arrêta net, se cabra, puis se mit à trembler de tous ses membres.
Malgré les coups d'éperon, il refusait d'avancer.
Je questionnais mon cavalier d'escorte sur la raison d'une telle obstination chez une bête, d'habitude docile.
- Arrilès (il y a une panthère) , me répondit-il.
A
peine m'avait-il dit cela, que les broussailles s'agitèrent et qu'un
indigène en émergea brusquement. Il était armé d'un fusil et d'un grand
sabre.
Parvenu à quelques pas de nos montures, mon cavalier
d'escorte reconnut Amar Ben Habyles, caïd du douar de Beni Foughal et
frère du caïd du Babor.
Il était lancé à la poursuite d'une panthère qui venait de lui ravir un agneau.
Il nous reconnut également et s'adressant à moi:
- il ne faut pas continuer votre route. Vous aller dîner chez moi, mon habitation est à proximité. Vous y coucherez.
J'acceptai
volontiers, car mon cheval ne s'était pas encore calmé et aussi parce
qu'il est touhours prudent de suivre les conseils des indigènes du
lieu...
"
